40 ans, déjà ! Dauphine est fille de mai 68, qui l’eut cru ? Elle n’a pas échappé au bouillonnement pédagogique, parfois brouillon, souvent fécond, de cette époque. Mais Dauphine est aussi l’enfant des quartiers d’affaire près desquels elle a élu domicile. Université innovante et orientée business, mais université quand même, avec sa pédagogie alternative au bachotage des classes préparatoires. Dauphine est décidément un être hybride. Parce qu’elle est sélective et professionnalisante, elle passe en France pour une grande école, alors que cette spécificité est le lot commun des grandes universités étrangères.
Précisément, la compétition dans l’enseignement supérieur a pris une dimension mondiale. Et un championnat du monde est toujours plus intense qu’un championnat domestique. Les enchères montent pour le recrutement des étudiants, des enseignants et des chercheurs. Les standards de la qualité internationale coûtent de plus en plus cher. Il faut donc lever des fonds, publics et privés, et créer des conditions de travail attractives pour toutes les parties prenantes. Il faut aussi élever la notoriété des publications académiques de l’établissement, libérer du temps pour les chercheurs, et financer le recrutement des meilleurs. Il faut enfin participer d’un grand ensemble pluridisciplinaire qui libère les synergies entre les sciences expérimentales et les sciences humaines.
Dauphine, la quadragénaire, défiée par la mondialisation : la formule est pompière, mais la réalité est frontale. Quelle stratégie ? A quel rythme ? Avec quels moyens ? Aucun Ministère et aucune Commission nationale ne répondront à ces questions à notre place. Sauf à penser que 85 universités et 20 grands établissements devraient suivre une même voie « nationale » au même pas et au même moment : attention, danger.

